Les occasions de faire la foire

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La foire bénéficie d’une paix particulière, assurée par l’autorité du lieu qui, en échange d’une taxe légère, promet pendant une certaine période la liberté des transactions et la sauvegarde de tous. L’économie de la fin du Moyen Age a deux centres : le pourtour de la mer du Nord et la péninsule italienne. Les plateaux de Champagne sont à la jonction des itinéraires qui les relient par voie terrestre en traversant les Alpes aux cols du Mont-Cenis et du Saint-Bernard. Depuis le courant du XIIe siècle, les marchands de drap d’Artois et de Flandres, et les Italiens vendeurs d’alun – produit essentiel à la teinture des étoffes et au travail des peaux – et d’épices s’y rencontrent, aux  côtés des « trafiquants » ( ceux qui pratiquent le commerce au long cours; le mot n’a rien de péjoratif) de Provence et d’Angleterre, d’Allemagne et de Catalogne, dans des foires.

Au XIIe siècle, on compte six foires de Champagne – deux à Provins, deux à Troyes, une à Lugny et une à Bar-sur-Aube -, qui se succèdent au long de l’année, chacune durant six semaines. Elles se divisent en deux parties : l’une – entrée et vente-, est consacrée aux transactions, l’autre – issue -, au règlement des comptes.

Les foires de Champagne connaîtront leur apogée à la fin du XIIIe siècle, mais elles commencent alors à être contournées. Par voie terrestre d’une part : un pont sur le Reuss a ouvert la route de Venise et de Milan à la Flandre par le Saint-Gothard, Bâle et la vallée du Rhin. Par la voie maritime d’autre part : en 1278, une caraque génoise gagne directement Bruges et, l’année suivante, l’Angleterre ; en 1297, ces liaisons génoises deviennent régulières; quinze ans plus tard, elles sont doublées par une ligne vénitienne. Les foires se voient, de plus, concurrencées par la circulation des écrits commerciaux, les commerçants se sédentarisant d’un côté et ouvrant des succursales de l’autre, dans des villes qui grossissent et remplissent la fonction qui leur était dévolue.

Moins que les différences de  coût de transport, ce sont les dangers de toutes sortes, guerres et conflits, qui dictent aux marchands leurs itinéraires. Aux XIVe et XVe siècles, les foires se déplaceront vers l’est ; la route du Simplon, contrôlée dans le Jura par le péage de Jougne, dessert maintenant la foire de Genève et celle, récente, de Chalon-sur-Saône, avant de gagner le Nord par la Lorraine. Les foires de Francfort-sur-le-Main, de Leipzig, se développent. Après 1450, Lyon tente de détrôner Genève, mais, en 1511, le pape Jules II, irrité contre Louis XII, tente d’imposer le mouvement inverse en décrétant le transfert des foires de Lyon à Genève. Plaisance, bientôt tenue par les Génois – qui vont connaître leur « siècle »-, Milan, Bruges Anvers et Berg-op-Zoom maintiennent leur rang.

À la Renaissance, les foires jouent aussi  un rôle de premier plan dans la diffusion du livre et dans la publicité littéraire. Francfort, suivie de près par Lyon, vient en tête en matière d’édition et de librairie. Les éditeurs publient leurs livres à l’occasion de la foire et les auteurs remettent leurs manuscrits en fonction de cette date. Lyon détermine dans une large mesure le calendrier des parutions française. En novembre 1532, c’est dans cette ville et « à l’occasion de la foire » que Rabelais publie son Pantagruel. Plus de deux siècles plus tard, l’œuvre de Goethe sera encore, jusqu’à un certain point, fonctions des dates de Francfort.

La foire de Lyon dure quinze jours et a lieu quatre fois dans l’année. Elle est pleine des cris de camelots, des jongleries des bateleurs, de spectacles théâtraux, de ripailles. Rabelais, qui a commencé par publier trois ouvrages savants et qui va devenir un auteur populaire de publications à gros tirage, y donnera l’année suivante sa Pantagrueline Prognostication et, presque chaque année, un Almanach , joyeuses parodies des livres de prédictions du Nouvel-An, très en vogue à l’époque. Pour son Pantagruel, il s’est d’ailleurs inspiré d’un opuscule anonyme qui qui a connu un grand succès : les Chroniques du géant Gargantua.

Le prologue de son livre démarque le style des bonimenteurs et vendeurs de remèdes miracles. On y retrouve toute l’ambiance de la foire et de la réclame criée du haut des tréteaux.

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