Il a mis son nom où il a mis le pied

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Nous sommes des voyageurs de l’éphémère qui ne laissons le plus souvent notre nom sur la Terre qu’au marbre d’une tombe. À l’inverse, les découvreurs qui sont allés là où l’homme n’avait jamais posé le pied ont eu la chance d’y donner leur nom à un cap, à un pic, à une péninsule.  Ce n’était pas chose aisée. Les terres qu’ils trouvaient, ils les baptisaient généralement – en hommage – du nom du souverain, au moins du gouverneur, dont ils étaient les sujets. Mais ces terres étaient parfois peuplées, possédaient déjà un nom qui resurgirait à la faveur d’une indépendance.

Notons tout de même l’exception de la Colombie, pays qui prit le nom de son découvreur venu d’ailleurs qu’à l’indépendance, réparant du même coup l’injustice faite à Colomb, évincé du continent d’Amérique par l’erreur d’un cosmographe allemand qui lui avait substitué Amerigo Vespucci.

Aussi, pour l’inscription patronymique, l’eau offre-t-elle un meilleur terrain. Si la mer efface sur les sable les pas des amants désunis, elle garde plus facilement la trace de ses découvertes. N’étant peuplée que par des poissons, elle constitue un piètre hommage, tandis qu’elle a peu à craindre que ses occupants cherchent à rétablir une identité bafouée. Le détroit apparaît de ce point de vue comme un lieu particulièrement privilégié : entre-deux, il n’appartient vraiment à personne et, pourtant un nom étranger, met les deux rives d’accord.

A peu près tout ce qui a été découvert l’a été en cherchant l’Asie, c’est-à-dire les Indes ou la Chine. On a cherché les Indes par l’Ouest, et on a découvert l’Amérique. L’isthme de Panama, traversé, un nouvel océan brillait; c’était raté ! Il s’agissait désormais de trouver, à travers la barrière américaine, le passage vers l’ouest.

Magellan allait bien en découvrir un, mais si loin qu’il n’avait aucun intérêt commercial. Alors, on chercha la Chine et le passage du Nord-Ouest; puis le passage du Nord-Est. Cela tournait à l’obsession. A tel point qu’une ville, aujourd’hui quartier de Montréal, s’est appelée – s’appelle toujours- Lachine. C’était le surnom donné au fief de Robert Cavelier de La Salle, d’où partaient ses expéditions. Comme tout le monde, il cherchait la Chine, et particulièrement le passage du Nord-Ouest, qu’il espérait trouver en remontant le Saint-Laurent. Le premier, il descendit le Mississippi jusqu’à son embouchure et trouva… la Louisiane. Et Lachine resta au Canada.

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