Jusques aux thermes

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L’eau à la douche

À l’époque de Mme de Sévigné, la douche na’ plus de collectif que la présence de quelques femmes de chambre et de mixte que celle d’un conteur qui, masqué d’un rideau, aide à passer le temps par ses plaisants récits.

« J’ai commencé aujourd’hui la douche ; c’est une assez bonne répétition du purgatoire. On est toute nue dans un petit lieu sous terre, où l’on trouve un tuyau de cette eau chaude, et qu’une femme vous fait aller où vous voulez. Cet état où l’on conserve à peine une feuille de figuier pour tout habillement est une chose assez humiliante. J’avais voulu mes deux femmes de chambre pour voir encore quelqu’un de connaissance. Derrière le rideau se met quelqu’un qui vous soutient le courage pendant une demi-heure. […] Il me parlait donc pendant que j’étais au supplice. Représentez-vous un jet d’eau contre quelqu’une de vos pauvres parties, toute la plus bouillante que vous puissiez imaginer.[..] quand on en vient à la nuque du cou, c’est une sorte de feu et de surprise qui ne peut se comprendre. Cependant, c’est là le nœud de l’affaire. Il faut tout souffrir, et l’on souffre tout, et l’on n’est point brûlée, et on se met ensuite dans un lit chaud, où l’on sue abondamment, et voilà ce qui guérit. »

Oh, miracle !

Mais l’on supporte tout cela parce que les eaux thermales sont miraculeuses : à preuve, bien que bouillantes, elles n’abîment point une rose que l’on y met à cuire et que toute eau chaude ordinaire flétrirait immédiatement. Mme de Sévigné en fait elle-même l’expérience :

« Enfin, ma bonne, j’ai achevé aujourd’hui ma douche et ma suerie ; je crois qu’en huit jours il est sorti de mon pauvre corps plus de vingt pintes d’eau. Je suis persuadée que rien ne me peut faire plus de bien.[…]  Je mis hier moi-même une rose dans la fontaine bouillante. Elle y fut longtemps saucée et resaucée; je l’en tirai comme dessus sa tige. J’en mis une autre dans une poêlonnée d’eau chaude; elle y fut bouillie en un moment. Cette expérience, dont j’avais ouï parler, me fit plaisir. Il est certain que les eaux ici sont miraculeuses. »

Montaigne n’évoquait rien de semblable. C’est sans doute que, pour lui, le miracle aurait été de repartir de Plombières guéri et que ce ne fut pas le cas. « Il n’y cougneut nul autre effet que d’uriner », note son secrétaire. Idema à Baden, Abano Terme, Battaglia Terme, aux bains de la Villa, près de Lucques…

Eaux : la loi

Montaigne fut suivi, à Plombières, par Voltaire, par Adelaïde et Victoire, filles de Louis XV et petites-filles de Stanislas Leszczynski,  duc de Lorraine et donc  seigneur des lieux, par Joséphine et la famille Bonaparte, par Napoléon III, qui est le premier de ces hôtes illustres à y arriver par le train. L’année de sa venue, 1856, est aussi celle de l’organisation de l’hydrothérapie par une loi de juillet qui précise « les conditions de protection des sources et de fonctionnement des établissements thermaux ». Mais, déjà à l’époque de Montaigne, on repeignait chaque année, à l’entrée du grand bain, un panneau qui, en français et en allemand, indiquait le règlement des lieux, signé par Claude de Rynach, chevalier, seigneur de Saint-Balesmont, Montureulz en Ferrette, Lendacourt, etc., conseiller et chambellan de notre souverain Seigneur Mgr de Duc, etc., et son bailly de Vosges:

Interdiction est faite à toute personnes, de quelles qualité, condition, région et province ils soient, de provoquer de propos injurieux et tendant à querelle, porter armes dans lesdits bains. […] Aussi à toutes filles prostituées et impudiques d’entrer auxdits bains ni d’en approcher de cinq cents pas, à peine du fouet dans les quatre carrés desdits bains; et sur les hôtes qui les auront reçues ou recelées, d’emprisonnement de leurs personnes et d »amende arbitraire.

Sous même peine est défendu à tous, user envers les dames, damoiselles et autres femmes et filles, étant auxdits bains, d’aucun propos lascif ou impudique, faire aucun attouchement déshonnête, entre ni sortir desdits bains irrévéremment contre l’honnêteté publique.

Et parce que, par le bénéfice desdits bans, Dieu et nature nous procurent plusieurs guérisons et soulagements, qu’il est requis une honnête pureté pour obvier à plusieurs contagions et infections qui s’y pourraient engendrer, est ordonné expressément au maître desdits bains prendre soigneuse garde et visiter les corps de ceux qui y entreront, tant de jour que de nuit. […]

Au surplus, est prohibé et défendu à toutes personnes venant de lieux contagieux, de se présenter ni d’approcher de ce lieu de Plombières, à peine de la vie… »

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